Au-delà de l’information, c’est sa mise en scène qui permet d’atteindre au « substrat » d’une ligne éditoriale.

Qu’il s’agisse d’agir sur l’échiquier domestique ou sur le champ géopolitique, l’entre soi qui caractérise nos élites narratives, rappelle à quel point il est devenu opportun de réexaminer la place qu’elles occupent dans notre quotidien. Le faire, sans occulter notre part de responsabilité.

C’est un paradoxe mais malgré la détestation que nous inspire leurs proses, on attend beaucoup des médias. Les infos qu’ils nous remontent sont reprises, soupesées et commentées jusqu’à plus soif avant de se faire… sa propre opinion.

Un point de vue si bien enfoui dans le terreau de notre envie d’y croire, qu’il finit par échapper à la logique.

Si en plus des renforts avisés s’en mêlent pour étayer les incantations de nos chamans, nos doigts pleins d’encre en redemandent.

Rien n’est plus flou en effet que l’expression d’un sondage, cette notion d’expertise où chacun peut être fait général. Certaines rédactions plus prévoyantes que d’autres ont bien comprit le bénéfice qu’elles pourraient retirer de cette brume. Grâce à elle, des organes tels Le Point, le JDD ou Valeurs Actuelles font bella figura question parts de marché.

Mais au-delà de l’influence que les instituts d’études et d’analyses ont au sein des rédactions,  ils représentent l’avantage d’offrir un partage des responsabilités en cas de sinistre. Et au-delà d’être un euphémisme, le funeste en matière de presse, c’est d’abord un fond de commerce.

Cet ascendant prit par l’expert sur le plumitif est aussi un tremplin offert à moins scrupuleux, d’aligner ses errances comme autant d’évidences. Posture que ne renierait pas la Française des Jeu. Une maison connue elle aussi, pour l’orthodoxie de ses prévisions.

Difficile après ça de taxer d’ineptie les promesses de gros gain faite aux parieurs.

Cependant, malgré le ras-le-bol engendré par ces approximations, on aspire toujours à se faire livrer la vision cyclothymique que certains ont du monde. J’ai dans l’idée que les médias y gagneraient en crédit à s’accorder selon un timing précis.

L’heure du flash météo ou l’embellie que laisse entrevoir un vendredi 13 semblant être des moments propices.

Ainsi affranchis des leurs intentions taquines, il y a fort à parier que même le trou de la Sécu s’auto-colmaterait rien qu’à l’idée de nous savoir mieux couvert. Ne serai-ce qu’au motif de ne plus voir ses assurés aggraver leur cas allant se griller un Loto en tong et Marcel sur un conseil biaisé. Surtout si le temps vire au gel…

Le gap qui existe entre des rédactions issues du monde universitaire, et le large public, est égal à ce qui sépare un concerto pour piano de Rachmaninov aux arpèges d’André Rieux. Leurs mondes se côtoient mais le rapport direct entre eux n’existe pas.

Même si classique l’un et l’autre…

Le métier se défendra de ne parler que de ce qui fâche en avançant que c’est précisément pour dénoncer les excès qu’il vend sa daube autour de ces marronniers que sont l’immigration, l’islam et la banlieue dans ses colonnes et en « une » depuis vingt piges.

A voir défiler ces couvertures, on comprend alors qu’elles s’apparentent plus à la construction d’un idéal selon les plans de carrière de quelques arrogants plus soucieux du pli de leur brushing que de l’intérêt général.

  • Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
  • Je ne voie rien qu’un blond qui poudroie et le reste qui merdoie…

Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

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