J’avoue être inquiet pour un pays qui, il y a peu faisait l’admiration du monde pour son modèle alimentaire.

Nos voisines – Shpountz et Britonnes – dont les sauces requinquantes valent roteuses, n’avaient pas de mots pour louer la sveltesse de leurs frangines hexagonales, considérées alors comme les plus minces d’Europe.

Sans doute que le respect des heures de tortore et la résistance qu’elles ont longtemps opéré dans la course aux particularismes alimentaires, auront contribué à préserver la silhouette de nos Michelines de ces formats bibendumesques qui prévalent ailleurs.

Mais ça… c’était hier, car depuis, les cas d’obésité se sont multipliés et l’alerte a été donnée. Le drapeau noir flotte au-dessus de la marmite.

Nous aussi sommes désormais un peuple de diététiciens !

Le coin cuisine qui hier ravissait nos papilles a perdu de sa superbe en se muant en labo. La poire bio et le fromage 100% végétal ont fini de plomber l’ambiance de nos dînettes. Mâchouiller un crouton sans gluten et trouver quelque chose à dire à sa passagère dont le prochain régime est déjà à l’ordre du jour, ne conduit pas forcément au bout de ses peines…

Désormais, le pourfendeur de barbaque et la flippée du lactose sont les rois de la tablée. En tête-à-tête ou à treize, la scène menace et même Jésus n’a plus qu’a bien se tenir.

La crainte de l’allergie nous a contraint à l’analyse. Disséquer le contenu de son assiette avant même d’attaquer la première bouchée est devenu un réflexe et les amis d’hier, des Judas.

Jadis si prolixes sur des sujets savoureux et pas tous corrects, on se complait désormais dans un rôle de dictateur de régime sans connaitre la moindre résistance. Nul ne trouve à y redire et c’est normal puisqu’on ne parle pas la bouche pleine…

Rendons-nous à l’évidence, le contrôle alimentaire et par extension celui de nos lignes, est bel et bien l’obsession de l’époque. Impossible de l’ouvrir sans être submergé de regrets, de menus à la carte et même de conseils qu’on n’a pas demandés.

Tout un stock en réalité. Les rayons sont plein et il y en a pour tout les profils. Ceux qui veulent perdre du bide, retrouver l’éclat de leurs 20 piges à 40, déjouer le crabe mieux qu’un oncologue, muscler leur connerie, dormir sans ronfler, bander comme cerf et se taper le coq au réveil… Bref, ça ne vend pas, ça débarrasse !

Touché par la grâce d’une alimentation ad hoc, avant, si on suivait une cure c’était d’abord pour perdre le superflus. Bref, la question raisonnable était au centre du deal.

Il faut croire que les temps ont changé. Aujourd’hui, on puise dans des domaines pointus… l’ésotérisme, l’éthique. On a la fourchette savante et la becquée moralisatrice. Quand elle n’est pas carrément religieuse et menace d’une fatwa la gourmande indisciplinée.

Ce qui conduit à se demander, si bientôt, on ne sera pas contraint de casser la graine à une table partisane. Entouré des seuls convives d’une tribu que soudent ses critères alimentaires, sans se soucier de savoir si manger et plaisir sont compris dans la formule.

On peut fuir la chair animale, traquer le chacal, le païen et même le Graal végétal si on en ressent le besoin, je suis confortable avec la connerie de l’autre, mais me contraindre à renier Rabelais et une gastronomique érigée au rang de trésor du patrimoine de l’humanité par l’Unesco, je n’y vois pas seulement la tentative de me fourvoyer dans l’un combat douteux, je vis ça comme une attaque ennemie.

Le souci d’une vie saine et équilibrée est légitime mais en faire l’obsession de sa vie, ne fera pas oublier qu’on n’en a pas d’autre.

Bien sûr, que derrière ce réflexe est tapie l’angoisse. Une peur à l’origine de laquelle, le disfonctionnement de l’industrie agroalimentaire n’est pas étranger. Grippe aviaire, vache folle, viande de bœuf de cheval, légionellose… les crises sanitaires ont connu quelques succès. Des phénomènes d’une ampleur telle, qu’ils incitent à être exigeant quant aux origines et traitement des animaux d’élevage – voire a se réfugier dans le broutage de racines – histoire de reprendre la main. Et même là, les OGM et les pesticides menacent…

A force de scruter ce que l’on ingère, la notion d’utilité a prit le pas sur le goût et les bonnes manières. On n’hésite plus à s’interrompre bouche ouverte devant l’aliment qu’on convoite le temps d’interroger l’appli de son Smartphone qui nous autorisera ou pas de se l’enfiler dans le cornet.

A l’heure où l’apparence n’a jamais tant compté, il est devenu vital de préserver son capital fraicheur par tous les moyens. Alors on se gave de tisanes entre les repas et on se repait de gélules détox pour faire bonne mesure.

Des bleues qui chassent le gras et d’autres le trop riche. Des qui allègent du stress et de celles qui purifient le transit. On en prend plus qu’on ne se branle, et toujours par poignée. Délivrées avec ou sans ordonnance, plus on en bouffe et plus on se sent écrasé et moche. Avec en prime, cette sensation de s’être fait baiser à un moment ou a un autre au cour du repas.

  • Peut-bien que ça s’est joué entre la poire et le fromage…

Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

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