51. La révision des 50…


Et puis arrive la période grise de la cinquantaine… Sorte d’étape de montagne où, passées les difficultés du col, la nostalgie vous prend. On marque une pause histoire de contempler le chemin parcouru. La vision procure une telle sensation de vertige, qu’on en étouffe un soupir. Sans doute que la distance nous a rendu sensible.

On se passe la course en revue. Les images se succèdent. D’abord floues, s’agissant de nos embardées juvéniles sur les routes de l’adolescence, puis, sans rien faire pour les convoquer, défilent des caleçonnades plus tardives et que pour tout dire, on aurait préféré moins nettes. On pense alors, que si les roues ont souvent mordu la poussière, c’est cette volonté de faire mieux que la veille, qui a vu la croisière se poursuivre.

Rattrapé par la montre, on a conscience que cette idée de dépassement relève de la fiction désormais. Tout effort à venir va imposer des réglages. Des changements que l’on voudra bénins d’abord, avant d’admettre qu’un examen profond s’impose.

Mettre les mains dans le moteur exige du doigté et le concours d’un coach ne serait sans doute pas de trop. Le problème, c’est qu’arrive un âge ou, à l’exception de ce reflet dans le miroir, il n’est pas dans nos mœurs d’avouer ses faiblesses à un tiers. S’agirait-il de son médecin traitant.

Pour bien faire, il faudrait s’imaginer en observateur neutre. Comme qui dirait, décontaminé de ses émotions, presque amputé de son égo. Sauf que se détacher de ce plus que l’on materne depuis l’enfance, personne ne sait faire. Les ressources pour un tel sacrifice font défaut. De plus, l’étanchéité à sa propre souffrance, ça n’existe pas.

On ne sait plus où on en est et moins encore ou situer ses priorités. De cette alimentation qui ne convient plus, cette vocation sportive ou artistique à se découvrir sur le tard, la gestion du temps qui se libère et autres joies plus spirituelles… C’est une évidence, le passage requiert une expertise que l’on n’a pas.

Ah! évidemment, si les poils blancs et le gras du bide conduisaient à une meilleure analyse de soi, on serait nombreux à se sentir aidés. On se la jouerait en solo, comme on a toujours fait, mais voila, ce n’est pas le cas.

Notre ressenti des choses aussi, change et le plus byzantin finit par avouer ses blocages. Qu’il s’agisse d’énergie négative à chasser, de silhouette à revoir ou d’environnement à retaper. Le jus manque. Nos relations en pâtissent les premières. On ne donne plus grand-chose, logique qu’on reçoit moins en retour. L’honnêteté vient alors à manquer. On élude les difficultés, on torée les urgences, on fait bref et on change d’avis comme de saint sur le calendrier. On survit.

L’artifice nous fera quand même crédit d’une psychanalyse, cependant le Rubicon à franchir reste large… on a besoin de secours.

Ce « on », c’est n’importe qui : banquier rêvant d’humanitaire, instituteur dépressif qui ne jure plus que par un retour à la terre, que sais-je…

Les spécialistes ne s’y trompent pas, le secteur est juteux, en plein boom. Et si les méthodes qu’ils proposent se prévalent de compétences vérifiables elles sont rarement validées d’un diplôme. Faute de preuves plus recevables, le procédé est bâti selon l’humeur et la solvabilité du fébrile qui consulte. Autant dire du cousu-main.  Les objectifs à atteindre sont du genre d’autant plus raisonnables. Ne s’agirait pas de tuer la poule aux œufs d’or.

Soulagé des parasites qui menaçaient, on a alors la conviction d’avoir fait le bon choix.

Seul bémol, la cure ne s’applique pas aux indigents. La trajectoire de ceux-là, se voit condamnée au cahot faute de moyens pour reprendre du lisse. On a beau penser que ce n’est pas juste, condamner et aimer s’en plaindre, le bien être que l’on éprouve vaut caution pour notre silence.

On a retrouvé l’estime qui nous manquait, on se régale à nouveau de joies simples et on finit même par assumer les travers de cet autre qu’on est devenu.

  • Qui n’a pas ressenti la chaleur de la caresse d’un coach de vie sur sa nuque, ne comprendra jamais son labrador…

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