La cuisine n’a jamais occupée autant d’espace dans les médias et dans nos pensées. Master Chef et bien d’autres brigades télégéniques font la queue à l’antenne.

Certes la qualité de la science qu’ils distillent tarde à se concrétiser au fond des assiettes du téléspectateur, mais il lui est désormais permis d’avaler sa soupe sans grimacer.

Force est de constater qu’il y a un mieux.

Avec la nouvelle grille des programmes – des plus juteuse – même le loqueteux qui n’a rien avalé depuis un bail se sent déjà plus robuste. Je n’ose alors imaginer l’impact qu’auraient de telles émissions à Dacca ou à Port-au-Prince.

Agglutinés devant l’unique poste de télévision du village, sûr que les malheureux ainsi confrontés à la pornographie des images et faute de plat à saucer, seraient tentés de passer le doigt sur l’écran où mitonnent tant de bonnes choses.

Cependant vu de nos provinces, notamment celles nourries à la betterave et aux chagrins, les dégâts n’en sont pas moins réels. L’état d’abandon de l’ardennais et du voisin picard, deux déshérités d’un trône, que même l’Angleterre ne revendique plus, est éloquent.

Qu’est-ce qui motivent ces pauvres bougres que même l’église condamne ?

Certes, les caprices de la météo les autorisent bien à couvrir bobonne plus fréquemment qu’ailleurs, mais même sur le sujet, les statistiques sont formelles. Le besogneux ne baise plus ! C’est un fait. Loin des grandes villes, les naissances se font rares et les écoles remballent au rythme des usines qui ferment l’une après l’autre. Mais alors qu’est-ce qui le fait courir ?

C’est un paradoxe, mais en période de vaches maigres, la faim justifie les moyens. Aussi, dans le foyer de ces hommes, Ratatouille montre le chemin en y tenant cuisine. Et là, on ne parle pas de sachet Knorr poussé à la hâte sous la vitre d’un micro-ondes. Entre les pattes du petit rat délicat, c’est de ripaille des grands soirs dont il s’agit : civet aux morilles, pâté en croute, pigeon aux truffes, lote à la sauge, sorbets de caviar et j’en passe. Sur la nappe cirée, les menus en alexandrins le disputent aux couverts en inox et les toques sont de mise.

Mettre des mots sur un fantasme est à la portée de n’importe quel tocard. Mais l’exercice qui, en période de cerise, consiste à transformer le bec d’un gueux en palais d’aristo est un art de poète ! Alors si le rêve que propose Master Chef ne vaut que par procuration, ce bonheur autorise néanmoins le jacques et sa virago à gouter l’instant de manière critique :

–       Dis le beau, tu es sûr qu’il est frais ce homard ?

–       Ta gueule la vieille ! C’est pas un Omar qui va te tuer…

Publicités

Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

(2 commentaires)

  1. Slt Christian,
    Biryani contre masala… un titre qui ouvre autrement mieux l’appétit que MasterChef. Quand aux intouchables, c’est bien connu, le palais leur est interdit…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s