Il y a une pression sur la ville. Où que l’on aille, l’indifférence pèse. Chacun tremble à l’idée de frôler l’autre sans jamais oser le toucher. Un sentiment étrange, pressé que l’on est dans une masse innombrable, de se retrouver seul. La vie ici est ainsi faite.

Une souricière grouillante, dans les couloirs de laquelle on trouve de tout. Tous les profils que l’on y croise sont exacts. Cela vaut pour tous, du néo-facho de gauche à cet humaniste cocaïné, du bel esprit aux rêves adultères à cet autre curieux de rien, de ce laïc lénifiant et plein de grâce au gigolpince nourri au pain de fesse de quelque grisette trop fardée… la liste est longue.

Cependant la pépite oubliée, le graal exclusif, le saint du saint et chimiquement pur, palmé et mentionné spéciale, celui au passage duquel – croyant où non – on se signe, le suprême et incontestable connard, c’est le dictateur amoureux.

Celui dont la vie se résume à une compétition, qui a vu sa femme transformée en trophée. Griveton de l’amour qui n’a de cesse de placer le sadisme au cœur des intrigues de son couple.

Discret et souvent cultivé, il s’agit d’un petit césar qui ne s’exprime jamais si bien qu’à la dérobée. En plus d’être effacée, sa personnalité est complexe pour ne pas dire déroutante. Fin psychologue, il gagne à être considéré sous différents angles. Observations qui nous enseigneront alors que les choses qui nous semblent évidentes au premier abord, ne sont jamais aussi simples qu’elles y paraissent.

Mais débusquer ce sournois, n’est pas une mince affaire. Echafauder un plan qui permette de le voir sous son vrai jour, requiert l’assiduité d’un astronome.

Un regard trop appuyé dans sa direction et comme Pégase, il se cabre. Un réflexe qu’il aura sans cesser de sourire. Il est mâtin le zèbre et s’il avance, ce n’est jamais que masqué. Ni tout à fait noir, ni entièrement blanc, il appartient à une sous-espèce qui a fait de la méfiance sa marque de fabrique.

Il excelle dans l’art du camouflage et on peut mettre des années à se rendre compte que le séduisant est un manipulateur de première. Oh ! On l’aura bien senti nerveux à l’occasion et un rien cassant, mais toujours il se reprend, capable qu’il est de modifier son comportement selon la situation. Darwin lui aurait dédicacé son livre !

Flagorneur né, il est attentionné envers les autres. Sympathique et très à l’aise en société, personne ne remarque les piques venimeuses qu’il lance en riant à l’objet de ses tourments. Femme à laquelle il a tant de critique à faire. Pas grand-chose… pas de disputes ouvertes, le bris de vaisselles n’est pas son truc, sa spécialité a lui, ce sont les humiliations bénignes, les tacles invisibles, ceux faits dans la bonhomie et avec tact. Délicatesses que l’on connait à l’aimable. Insoupçonnable crevard.

Pourtant on sent qu’elle l’inspire cette muse qui partage sa vie. Au point d’en avoir fait son idéal, sujet de mille attentions. Un féminin absolu, tant et si bien qu’au final, à force de modelage, elle a fini par répondre à ses rêves de tuning. Au point même de n’avoir plus rien de commun avec ce brouillon dont il était tombé amoureux… le gabarit original.

Lumineuse et entourée hier, celle qu’il a connu riante s’est racornie depuis. Faisant déjà plus que son âge, on la sent pourtant dans l’attente d’une gratification que lui seul saurait délivrer. Caresse, regard, compliment et toujours dans la crainte de mal faire… surtout si elle ne fait rien.

Sa bonne humeur fut la première victime de la donne. Ne supportant pas la présence de témoins l’ayant connu heureuse, le gracieux a su faire le vide autours d’elle. Peu à peu, l’isolement est devenu sa norme. La confiance qu’elle avait accumulé au temps des jours heureux, n’est plus qu’un lancinant souvenir. L’état de stress permanent la conduira à une soumission telle, que seule la crainte des représailles demeurera.

N’importe quel maton le confirmera, le carême appliqué aux relations humaines n’a pas d’autre objectif que de casser la meilleure des volontés. C’est vérifiable à Guantanamo et ça peut l’être tout autant sur un palier voisin.

Cupidon a eu beau faire, s’il croit défendre son territoire avec quelques flèches, il est loin du compte. Tomber amoureux est une chose, convaincre un gnome de la beauté du concept dans le temps en est une autre.

Appelé à être le cocu à la fin de l’histoire, le pervers narcissique sait mieux qu’aucun autre ce qu’envoyer du bois veut dire… et celle qui partage toujours sa vie peut en témoigner.

 

 

Photo de couverture : © Charline Cocset

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Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

(3 commentaires)

  1. Moussa,
    si je puis me permettre, j’en ai été le témoin durant quelques trop longues années …..
    La description du  » personnage  » est plus que pertinente et tellement criante de vérité !!!
    Nous l’aimons notre Francesca
    Mr D.

    Aimé par 1 personne

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