Que l’on aime ou pas, la fin d’une année est toujours riche en émotions. D’abord, pour le sentiment qu’on éprouve à sortir indemne du cycle qui s’achève, mais aussi – et sans doute surtout – pour les excès que la période autorise.

Agapes qui vu d’ici, ne sont pas incompatibles avec quelques frictions.

Forcément, dans un pays où l’art de contester les choses est inscrit dans les gènes, l’idée de trêve ne peut être prise au sérieux que si elle se mérite. Aussi, l’héritage aux origines duquel on hisse un drapeau blanc à Noël, n’exclu pas de ferrailler un chouaye.

Et on le fait contre à peu près tout. Voisins, météo, opinion politique et équipe de foot passent encore, que des sujets qui se prêtent à la controverse. Mais s’agissant de nous-même ? N’importe quel béotien serait tenté d’être d’accord avec ce qu’il a à dire. Pas nous.

Quand une polémique s’épuise, plutôt que de se taire, on se plonge dans l’intime. Comme qui dirait, on parle les lèvres closes. On abuse des liqueurs. L’idée n’est pas neuve mais on y adhère. Elle rend la gamberge loquace.

Enfin, discuter, on discutera toujours. C’est rêver qui devient difficile… Surtout quand le calendrier invite à explorer l’avenir. Pas simple.

Les incohérences désenchantées que cela suppose, difficile de s’y projeter ! Surtout un jour de fête. Un désastre face auquel on profite de ce que la tête nous tourne pour prendre la tangente. Echappatoire qui nous voit convoquer ses souvenirs. Les fondamentaux. Rien que ceux qui rendent heureux. On évoque et on traîne à table.

On a vite fait de se fourvoyer dans ses souvenances. Surtout si elles visent des amours défunts ou toujours mal cicatrisés…

C’est coriace le spleen. Si douce soit la croisière qu’il propose, on n’en sort pas indemne. La traversée est piégeuse, jalonnée de douleurs fantômes que l’on ne voit pas toujours surgir. J’en veux pour preuve le Titanic… crève-cœur envoyé par le fond.

C’est vrai qu’elles sont belles les images océanes avec ce qu’elles expriment de grandiose et pathétique. Un doux moment en solitaire qui a vite fait de se muer en sursis. On l’a vu.

Faut dire, passé un certain âge, les trous à colmater sont devenus nombreux. Fuites de mémoire plutôt que simples oublis d’ailleurs. Gênantes au point de se voir contraint d’y apporter sans cesse des adaptations nécessaires. Et loin d’être fait dans la dentelle, ces rafistolages sont d’un portant tel, que le viaduc de Millau passe à côté pour un ouvrage bénin.

Cette bonification est pour beaucoup dans l’émotion que nos souvenirs suscitent. Il faut s’y faire.

L’ingrédient mémoriel exige peu de scrupules mais il requiert de la méthode. Le goût de blé tendre qui en garanti la saveur est à ce prix.

Pacte établit entre ce qu’on a été et ce que l’on s’attache à être. Pour tout dire, une indulgence égarée à mi-chemin entre le mal et le bien… On finit même par trouver plus crédible une vie que l’on s’invente. Si toutefois la frontière entre ces deux menteurs existe.

A se corriger sans cesse, le vrai danger qui guette, c’est de se savoir étranger à sa propre histoire. On prend alors conscience d’avoir cumulé les retards affectifs et cet élément hostile qu’est le doute, s’installe en nous.

D’un coup moins maitrisé, le gentil rêve débouche sur une gueule de bois, la notre par conséquent. C’est le triomphe de l’autre… ce chagrin dont on sait ne pouvoir se défaire.

Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

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