Au large, les événements en Méditerranée se déchaînent. Voilà que cette quinteuse, jaspée comme un théâtre antique, fait à nouveau des siennes !

Une foule venue de loin, se revendique l’héritière d’Ulysse. Soudanais, érythréens et autres rescapés des abysses, tous poussent Homère à revoir son testament. Et si l’aède avait pu être de quelque influence sur la disposition d’esprit de ses lecteurs, sûr qu’aujourd’hui il les inciterait à se plonger dans l’Odyssée, comme dans l’œuvre d’un mort…

Une contemplation en eaux profondes où le chant des sirènes des garde-côtes viendrait renforcer l’impression de vertige laissée par ces pages que l’on tourne.

Avec un cinquième de l’Europe comptant une ascendance barbare, la lecture de ces intrigues marines est devenue celle nos propres fantômes. Des spectres qui nous hantent et que l’on voit échoués le long des berges, morts. Rêvant sans doute qu’un jour, un crabe les tire de ce cauchemar en les pinçant très fort.

De sourires en soupirs, les naufragés de la Méduse attestent que la terre est bien ronde. Rescapés qui devront encore faire avec l’hospitalité qui les attend. Un sens de l’accueil qui les verra parqués comme de vulgaires marchandises avant d’être reconduit à la frontière.

Les quais d’Austerlitz, de La Chapelle et de Calais se sont spécialisés dans le fret et l’élevage de migrants en transit. Cultures sous tentes, dont plus d’un échevin, rendu frileux à l’approche d’un scrutin, saura tirer parti en usant de la fibre populiste.

Si loin que nous pensions la fuir, la détresse de ces invisibles nous a rattrapée. Et tandis que s’allument les journaux du soir, la farandole macabre et déjà ordinaire de boiteux jouant de malchance tourne en boucle dans l’azur de nos télévisions.

Pourtant, au-delà du funeste que le tableau inspire, l’idée de se sentir coupable ne nous effleure pas. Tout juste est-on surpris de la transition choisie par la chaine pour nous fourguer de l’assurance et les soins qui nous manquent.

Passés les coups de menton et la promesse d’une surveillance accrue du littoral, m’échappe encore l’humanité des mesures prisent par nos gouvernements pour venir en aide à ces bannis de l’existence.

L’Union souscrit à des critères stricts en matière de droits humains, ce qui d’un point de vue moral est louable. Mais si aucun système contraignant n’ait prévu pour en faire respecter le principe, aurions-nous tort de nous interroger sur leurs raisons d’être ?

Sans doute n’est-il pas opportun non plus d’évoquer la charge de nos démocraties quant à l’origine de ce flux. Gendarmer le monde n’est pas une tâche de tout repos. Surtout si elle s’accompagne du pillage des ressources de ceux que l’on entend réprimander !

Rappelons que pour être « win-win », un deal ne sera jamais bon qu’a moitié…

 

  • Tu me donnes un bidon de fuel et une planche et je te fais un bateau.
  • Tu me laisses avec ta sœur et je t’assure l’équipage…

 

* Big up à Margo et Manon sans le concours desquelles cette chronique se serait sans doute noyée aussi.

Photo : Hope, 2011-2012 © Adel Abdessemed

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Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

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