L’idée de mourir pour un maillot ne s’est jamais posée à moi. Sans doute que rien de ce que je peux imaginer en matière d’exploit sportif ne me fasse envie au point d’être prêt à lui sacrifier une vie… La mienne qui plus est.

Cependant, sans faire parti de mon vocabulaire, j’ai conscience que le sentiment patriotique existe dans les stades. Les instances du football dont les statuts soulignent leur volonté de promouvoir la paix à travers ce jeu, ont su, bien mieux qu’une Marseillaise m’arracher des larmes.

Force m’est de constater en entendant Liza et Jean-Mimi rivaliser de métaphores histoire de souligner les joies offertes par une boule de cuir, que j’ai eu envie de les croire. Dans le trémolo de leurs voix, l’énergie que charrient ces arènes modernes est palpable. Et si côté fair-play financier, il y aura toujours à redire sur l’événement, l’essentiel est qu’il demeure profitable.

Longtemps dirigée d’une main de fer par Don João Havelange, la Fifa a su demeurée une entreprise familiale. Une Fifa…mille dotée d’une croissance à deux chiffres. C’est bien de souligner l’éclatante santé de ce marché footballistique en plein marasme économique.

Et si le caractère universelle de la Fifa est demeuré aussi opaque qu’approximatif, les causes sont sans doute à chercher dans le mode de fonctionnement choisit par les hommes de l’art. Un modèle éco mis au point par quelques artisans siciliens au début du siècle dernier, aux yeux desquels l’orthodoxie comptable n’a pas toujours été une priorité. Héritage séculaire grâce auquel Don João – toujours très pointilleux quant à l’hygiène – a su laver son linge et le blanchir avec un respect égal.

Une carrière exemplaire donc, motivée par la perspective du moindre bénéfice – sauf peut-être celui du doute – et au court de laquelle, pas une tâche ne le fit reculer.

Un sens du commerce qui le conduira, en 1978, à rompre l’isolement de la dictature argentine. Offrant au général Videla, en plus de l’organisation de la coupe du monde, la coupe elle même ! Un miraculeux 6-0  face au Pérou de Bermudez (l’Argentine devant alors gagner par 4 buts d’écart pour se qualifier), vînt conclure la blague. Que dire encore du mondial de 86 ! Lorsqu’un mois après le tremblement de terre mexicain qui couta la vie à 20.000 péones, le finaud flaira la belle affaire et sans plus d’états d’âme y installa sa caravane.

Mais les meilleures choses ont une fin et cela vaut pour le poète. Une vilaine rumeur rattrapa Il capo dei capi. On accusa Don João d’avoir reçu des pots-de-vin en négociant des droits télés à la louche. Bacchanales qui contraignirent le malheureux à céder son brassard de capitaine à son consigliere d’alors, le lointain Sepp Blatter. Petit scarabée suisse qui contre toute attente, allait se révéler aussi retors que son maitre brésilien. Une performance si l’on en juge par la hauteur de la barre placée par l’illustre mentor.

On ne s’en rend pas bien compte tant les événements se sont enchainés depuis. Mais souvenez-vous, après la plaisanterie de la coupe du monde au pays des townships, l’animal remet ça quatre ans plus tard avec des favelas en toile de fond. Difficile de faire plus cynique ? C’est bien mal connaître la Fifa, dont le carnet de commandes est déjà booké pour les deux prochaines sessions. L’une fourguée sur le front Russe et l’autre backchichée en direction du Qatar… On se prend à rêver d’une édition collector en Corée du Nord !

J’aimerais profiter de la liberté que procure ces instants d’ivresse pour interpeller quelques relais bien de chez nous et vendus à la cause. Cousin Bixente, oncle Arsène, frère Platoche, Jean-Mimi… C’est bien de vous qu’il s’agit.

Nous sommes amis n’est ce pas ? Cela fait si longtemps que vous me distrayez les soirs de matchs, que j’aimerais penser que nous le sommes. Ce qu’il y a de bien entre amis, c’est qu’on peut tout se dire. Ça tombe bien, j’ai vraiment besoin de vous parler.

Une question d’abord. Elle me vient en regardant ces images déraisonnables de crèves-la-dalle se faisant tabasser à Rio. C’est quoi le sport pour vous ? Est-ce défendre un semblant d’égalité ? Une zone de production culturelle qui vous ferait renoncer à assumer vos divergences histoire de ne froisser personne ? Où n’est-ce qu’une illusion de plus que l’on vous charge de me fourguer à la criée au prix d’un semblant de confort ?

Peut-être que l’arrogance qui vous caractérise désormais vous a fait oublier l’essentiel. Le public que nous sommes, et qui se reconnaît dans ces pauvres bougres savatés en direct, a besoin de cette mise en réalité, de cette perspective, de cette confiance qui n’existe plus entre nous. Il est de mon devoir de m’attaquer à la dictature de votre tutelle. L’injustice contre laquelle s’élèvent ces pauvres types est bien d’ordre social et l’exploitation de leur misère est devenue la caractéristique de votre bastringue.

Partager, résister, réunir, retourner voir ce qu’on a laissé de côté et poursuivre… voilà ce qu’est la noblesse d’un sport aussi merveilleux que le football. Du moins est-ce, ce qu’il devrait être en actes, lorsque le jeu se met au service de tous et permet d’aider le faible à relever la tête. Sans cela, alors oui, plus qu’un devoir moral, plus qu’une exigence de raison, vous virez de mon quotidien devient un besoin vital !

Vous n’imaginez pas le fardeau qu’à été le mien de vous entendre souligner les rondeurs d’un morceau cuir revendu à prix d’or à une foule aux joues creuses. J’en arrive à me demander ce que je dois encore penser de moi, d’avoir pu supporter si longtemps des amis tels que vous ?

J’éviterai de tomber dans le pathos en me plaignant de la solitude à laquelle vous m’avez contraint en ce mois de juin. Et ne vous ferai pas davantage le reproche de m’avoir mis sur la touche. Un poste d’observation sans le concours duquel je n’aurai pu aiguiser de sens critique et disons-le pour aller vite, ne m’autoriserait pas à vous envoyer vous faire foutre aujourd’hui.

Surement que j’en serai à bien dormir tandis que les instances internationales de football et leurs valets cathodiques auprès desquels vous êtes appointés en tant que consultants, continueraient à trainer leur morgue de huguenot dans un Brésil qui a fait d’un ex jeune pauvre, aussi noir qu’il peut l’être encore, le roi déchu de tout un peuple.

–       Le roi Pelé est mort… vive le roi  !

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Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

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