En 14-18, tandis que son velu s’en payait une tranche sur le front de Champagne, Gervaise fut envoyée en usine. Encouragée à marner, elle allait découvrir une variante de ces chaines que sa condition de femme, pourtant habituée à en porter même autrement qu’en sautoir, ignorait encore. Mâle plaisir jusque-là, les lignes de montage allaient entre ses mains, assurer à ses soudards de mari et de frère, ce quota de bastos dont ils avaient besoin pour mettre sur la gueule du frisé.

C’est en ces termes que les manuels scolaires nous remontent l’arrivée de bobonne sur le marché du taf. Où a peu de choses près. En réalité, on sait tous que le chagrin qu’elle a connu depuis que son aïeule a quittée le paléolithique, n’a pas été pris en compte. On a passé sous silence ces heures qu’elle aura consacrée à sarcler la lande et toutes ces autres passées à tenir le crachoir d’un cogneur de pierre.

La guerre a privée nos pâturages de 9 millions de ses meilleurs reproducteurs et en a estropiée le double. Conditions, qui virent l’idée du contrôle des naissances déplacé dans la marge. La pilule fut d’autant plus amère à avaler pour les femmes, que malgré les sacrifices qu’elles auront consenties, ce n’était pas demain la veille que le système leur reconnaîtrait l’identité militante à laquelle elles aspirent du bout des lèvres.

On ne l’y reprendra pas ! Gervaise s’est entêtée et ses objectifs n’ont plus variés. Ses références pour l’action perdurent et cette implication s’invite partout : étude, travail, sport, associations, syndicalisme, politique. L’image de l’épouse modèle cède la place à celle de l’engagée.

Les temps ont donc changés mais les préjugés sont demeurés vivaces. La créance de sueur contractée par le bonhomme auprès de sa drôlesse, n’a pas pesée lourd face à l’ingratitude qu’il a formulé en réponse. Cent ans après la Grande guerre, la gaupe mouille encore son chemisier. Besogne précaire qu’elle accomplie fesses serrées pour une rémunération un tiers inférieure à celle palpée par sa moitié.

L’avenir s’annonçait pourtant rose puisque l’école et le droit de vote lui étaient enfin accordés. Et lorsque 25% des lascars se voient diplômés de l’enseignement supérieur elles, tablent sur un taux de réussite frisant les 30%.

Résultat plus que flatteur mais qui n’émeut pas son employeur. Un sectaire pour qui se pose toujours le problème de cette bite qu’elle n’a pas. Membre sur lequel son DRH, frileux dès qu’il s’agit de bourse, ira fixer sa grille de salaires, en la tarant à la pièce plutôt que sur l’horaire. Constat qui fait dire, qu’à compétences égales, l’écart qu’il y entre une butineuse et son collègue tient dans un slip. On attribue à Karl Marx de dire à propos de l’Histoire qu’elle ne se répète pas, mais bégaie. Sans doute avait-il raison tant il s’avère que le problème posé jadis au poilu par sa rombière sur le Chemin des Dames, semble toujours lié à cette notion de trou de balle…

Même à turbiner par millions, une femme demeure cette minorité lubriquement visible. Tenante d’une position qui dérange d’autant plus quelle se voit investi de réel pouvoir. Aussi, la tentation de la dévaloriser n’en devient que plus grande. La crise économique n’a pas arrangée les choses. La situation déjà compliqué pour elle, s’est encore fragilisée. Et depuis, la pauvreté n’a plus cessé de se féminiser, faisant le lit de dérives animales que l’on découvre régulièrement dans les papiers traitant du comportement en entreprise.

C’est connu, le statut compense parfois avantageusement les ratés de la nature. Il n’est pas rare que quelques vilains en abusent. Bedonnant et puant de la gueule, on a vu des cadres cotés sur l’échelle interne de leur baronnie obtenir les faveurs d’une subordonnée trop fragile. Victime que le séducteur aura sélectionné avec soin. La choisissant de préférence timide, en CDD, et si possible, élevant seule sa progéniture. Du velours si, comme il l’espère, la candide caresse l’espoir d’une promotion rapide. Cela, sans ignorer que sous le gant que l’aimable lui tend peut surgir la verge d’un licenciement sec s’il lui prend l’idée fâcheuse de résister.

A l’abri d’une société, elle même anonyme, les agissements du bélïtre ont d’autant moins de chance de tomber sous le coup de la loi, que rien ne laissera penser qu’ils aient été commis en l’absence de consentement… Rien, sinon ce CDI que Gervaise attend toujours.

–       Moi aussi chérie c’est à la force du poignet que j’ai gravi les échelons. Voilà… c’est bien… continue !

Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

(4 commentaires)

  1. Ami, sur F.c. le sujet traité le fût récemment, il apparaissait que la malle traitée fût souvent (est) fort diplômée, indépendante..etc etc.. mais in fine jalousée par son petite chef etc etc….n’en pêche, vive la verbe et le verbe!

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