Il y a dans la vie d’un enfant, des secrets qu’un adulte n’est pas autorisé à partager. Une vérité qui s’étend même au futur gland, qu’il a des chances de devenir un jour. J’en veux pour preuve les défaillances de ma mémoire quant aux confidences qui m’ont été faites sous le préau d’une école.

Des vides qui aujourd’hui encore s’expriment comme un éloignement forcé. Un fil de remords noué à la patte de l’homme, et que je n’ai pas fini de traîner.

J’appartiens à une génération qui, en plus d’avoir su taire ses secrets, a été jeune à une époque où le centre de l’Univers n’était pas encore accessible via un joystick. Nous ne devions rien à un disque dur, l’infini s’étendait où nous voulions qu’il soit : cours de récrée, parkings, jardins public, rues adjacentes, halls d’immeuble, caves…

S’ils se baladaient déjà en slips et en leggings, nos héros demeuraient crédibles en toute circonstance. Marvel n’existait pas et nos décors se souciaient peu de frontières. Rien ne se déclinait sous forme d’images virtuelles à la trame complexe.

Les choses étaient simples et l’aventure notre sacerdoce.

On la vivait par procuration. Des frasques rendues possible grâce l’unique chaine de télévision. Nous étions alors, ce que le programme de la veille voulait que l’on soi : apache, pirate, chevalier, justicier, bandit… Tout nous allait, on avait l’étoffe pour être tout ça à la fois.

On n’imaginait pas cependant quitter ce monde sans rien garder des usages fantasques de ces modèles qui nous ont fait vibrer.

C’était compter sans l’adolescence. Cette pute étanche, qui ne laisse pas filtrer grand chose des coulisses de la petite enfance. Sorte de digue jetée entre des jeux pas encore faits et les tourments à venir.

Je ne saurais dire où a abouti mon voyage, tant autour de moi l’éducation par le jeu, n’a aidé personne à s’affranchir des désordres qu’elle a engendré. Un passage obligé dont l’enfant reste à jamais l’otage. Gamin que le temps déclarera majeur avant d’en faire le geôlier de ses propres souvenirs.

Les années ont passées et avec elles l’ombre de Jeronimo s’est estompée. Palestinien d’Amérique devenu icône, après s’être vu lui aussi déposséder de ses terres, comme moi de mes réminiscences.

Tarzan aussi a eu sa place dans notre bestiaire. Pensez donc ! Un sauvage blanc perdu au milieu de la tisane africaine. Qui plus est, nourri à la gorge d’un grand singe. Le genre de spectacle qui en amène des questions… et des sous tensions encore. Forcément.

En moins rustiques, on a aussi eu droit aux coquets. Un club au rang duquel se range Robin de Locksley. Délicat rouquemoute portant plume et bas-de-chausses, mais néanmoins accrédité par la couronne d’Angleterre ! Autant le savoir, ça n’a pas de jumeau un piston pareil. De ces accointances qui, de Sherwood à Boulogne, vous assure blase et réputation. Pas étonnant alors que, ni son mode de vie précaire, ni l’esprit gay des brumes qui animait le rebelle des bois, ne l’ont empêché d’assoir une réelle autorité.

Nantis de la même aisance à manier le verbe et la pointe, Arthur et ses visiteurs ne manquaient pas d’allure non plus. Lancelot, et surtout Perceval et le Tristan… c’étaient quelqu’un aussi ces Chevaliers de la table ronde. Certes pas super blanc-bleu avec la femme des potes, mais quand même, ce qu’il faut de mentalité pour faire le brave.

Même en m’y appliquant, ressembler à ces preux n’a pas été une mince affaire. D’où je viens, rare ont été ceux à avoir été synchro avec la pâleur de ces gracieux qui nous servaient d’éducateurs. Mais qui s’en souciait alors ? Mamadou de Locksley ? Brahim de Brocéliande ? Ou Arthur de la direction des programmes de l’ORTF ? Aucun je crois…

Tandis qu’on mesurait nos flèches sur le champs de bataille, les filles de leur coté, jouaient à la poupée. Barbie si rose et blonde à souhait, qu’elles en faisaient des rêves nos petites voisines. La nature crépue du cheveu de la plupart, était pour quelque chose dans le désir qu’elles avaient toutes, de vouloir ressembler à une mini-pute aux mensurations idéales. Et je ne peux m’empêcher de penser, que le fantasme offert par un adulte comme support à l’imagination d’un môme fait toujours plus de dégâts qu’escompté.

Pincettes de circonstances, la bordille de Mattel se décline désormais aussi en version noire, en tchador et – fastfoods obligent – en petite boulotte sur-vitaminée.

  • Barbie… je peux plus le cacher à ma femme. Je vais tout lui dire !
  • Quel courage… et surtout quelle mémoire mon salaud !

Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

(2 commentaires)

  1. Personnellement toute fille que j’étais – et suis toujours – à la récrée j’étais Thierry la Fronde, et Barbie n’a jamais, jamais été mon modèle, ou mon jouet, ou mon rêve 🙂 Mais il est vrai que c’était… encore un peu avant toi !

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  2. HDM > Je te rassure, j’ai aussi connu des filles qui dribblaient et se servaient de leurs poings mieux que je ne le ferais jamais. Quand à jouer à la poupée, je t’avouerai que ça m’est venu plus tard… 😉

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