Avez-vous été frappé dernièrement par une sorte d’incompréhension entre votre corps et votre tête ? Un gap venu s’immiscer entre ces choses physiques et un peu folles, que vous projetiez de faire et ces autres plus raisonnables vers lesquelles vous avez préféré tendre… Pour ma part je note ce phénomène de plus en plus souvent.

Et ni les fringues d’ado attardé dans lesquelles j’ai choisi de me mouvoir, ni le charabia que je pianote pour faire encore plus jeune, n’y font rien. L’artifice par lequel j’ai cherché à fuir est devenu caduc. Tel un vieux singe à qui on ne la fait pas, la nature m’a baisé. Elle a accompli son œuvre. Je vieilli. Horrible lucidité qui chaque fois m’oblige à des inclinaisons plus modestes.

Bien sûr, il m’est toujours permis de résister et les camouflages dont j’use se justifient. Les clichés que nos sociétés de consommation véhiculent au sujet du périssable étant si rudes. Je continue donc à refouler les traits de ce vieillard qui menace dans ma glace. Du moins le ferai-je, jusqu’au jour où le miroir se brisera et avec lui mes illusions jouvencelles. M’obligeant en dernier recours, à porter le deuil d’un fantôme disparu sans laissé d’adresse.

Hier dressés comme des barbelés, mes repères se sont alors fragilisés. Déjà, ils me donnent l’impression de ne plus retenir grand monde autour de moi. Le flou s’installe et m’empêche de goûter ce présent. La parano me gagne. Je sens poindre la mise au rencart. Diktat auquel je réponds comme on m’a appris à le faire, c’est à dire de la pire des manières, en continuant à mentir à mes propres artères.

Je sais qu’une fois vieux, si l’occasion se présente, je jouerai à nouveau en bourse. Pfizer deviendra mon dealer et il me fourguera son Viagra au kilo. Le cheveu blanc et la queue verte, j’aurai beau jeu de me savoir le poireau d’un laboratoire. Je n’hésiterai pas une seconde à casser ma tirelire, histoire d’en placer le contenu sur les marchés. Que voulez-vous, nous ne sommes jamais que le reflet de nos propres expériences.

Au-delà de leurs aspects lubriques que je valide, mes ruminations silencieuses ne me mèneront nulle part. Je sais ça. Et sauf à me jeter plus tôt que prévu dans ce Styx dont la froideur des eaux justifie à elle seule le refus de tout élan suicidaire, les jérémiades rhumatismales et les tremblements que m’arrachent déjà ces changements à venir ne vont pas arranger les choses.

Je me souviens alors de ces petits riens délicieux que je redécouvre dans les limbes de ma propre histoire. Témoignages d’instants snobés et révolus que faute d’espace, j’avais cru oubliés. Des images comme une vie pourtant, où se fondent au ralenti, frustration et mélancolie.

Quel homme n’a pas rêvé de se découvrir des pouvoirs cachés ? Un philtre, un baume, un couloir du temps, qui ait le pouvoir de le ramener dans la peau de ce fougueux sans cervelle à qui il aurait tant à dire… aujourd’hui.

En dépit des efforts consentis pour le croire, je me suis résolu à admettre l’évidence : je ne suis plus ce candide. Et rien ne me distingue du nombre sinon d’en être conscient. La belle affaire !

Sur les traces de l’hiver qui approche, je n’aspire plus qu’à une chose. Que le souvenir d’un amour passé revienne causer ma ruine. Qu’il balaye la sérénité de ces vieux jours que l’on me promet charitables. Qu’il s’y emploi en grand, sans se soucier des dégâts qu’il me causera. S’agissant d’affaires de cœur, j’ai toujours été faillible. Désespérément. Et à l’oubli je ne peux me résoudre. Ça devrait pouvoir l’aider.

 

–       Tu t’imagines une tisane et un plaid sur les genoux ?

–       Tout dépend du plaid…  Je me damnerai pour qu’il soit rousse !

Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

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