Interrogée sur le droit de vote de l’immigré aux élections locales, une majorité de français dit être favorable au projet. La même par ailleurs, qui affirme qu’il y a beaucoup trop d’étrangers sur le territoire.

Si l’antagonisme surprend vu de Dublin où le principe de l’isoloir pour tous est une réalité depuis 1963, en France, cette contradiction n’émeut pas plus que ça. Le débat contradictoire étant ici, une activité séculaire. C’est un fait, on chicane et cela contribue à notre charme. A l’énoncé d’un problème, nous aimons commencer par trouver le moyen de s’opposer à sa solution. Esprit de village s’il en est, puisque héritiers d’Astérix et consorts pour lesquels le p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non tenait déjà lieu de devise.

Posons-nous alors la question qui fâche : Citoyenneté nationale où communautarisme européen ? Cette interrogation sur le sens de la démocratie se pose pour le résidant étranger non-ressortissant de l’UE à qui l’on refuse le droit d’élire son maire. S’acquitter de l’impôt, participer à la vie associative, culturelle et économique de sa ville, ne suffit pas à en faire un électeur, puisque le sol qu’il a quitté (parfois depuis des décennies), n’est pas européen. Contrairement à ce voisin de palier, fraîchement débarqué de Suède ou de Pologne, qui lui sera autorisé à voter. Cela, même s’il ne parle pas la langue et n’est donc pas en mesure de capter le programme qu’un tribun local essaiera de lui fourguer.

Alors quoi, le terme d’égalité affiché aux frontons des mairies, se réduit-il à un simple slogan ? Une blague qu’un coup de coude donné dans les cotes tente de vendre comme une mention goguenarde ?

Partie pour battre des records d’impopularité, l’équipe en place sur le vaisseau amiral aurait tort de ne pas se réjouir de l’accueil fait à l’une de ses promesses de campagne. D’autant que l’histoire aurait tendance à confirmer l’approche faite par l’opinion publique sur le sujet…

Déjà, en 1789, la tradition républicaine n’affirmait pas vouloir consacrer un lien exclusif entre citoyenneté et nationalité. La déclaration des droits de l’Homme et du citoyen allant même jusqu’à attester que ladite citoyenneté est un acte de volonté détaché de la nationalité. Dans ce cas, s’agissant de communes et non de Nation, pourquoi la question du droit de vote ne se pose t-elle qu’en termes de nationalité ?

Ce n’est pas un scoop, le volontarisme affiché en amont d’une élection résiste mal à l’exercice du pouvoir. Et si dans un premier temps, j’ai mis le renoncement du gouvernement sur le compte d’une stratégie liée à une conjoncture défavorable, je saisi à la lecture des sondages qu’à force d’être gauche dans ses choix, la majorité n‘est peut-être pas si mal à droite… que j’aurai voulu le croire.

En réduisant l’étranger à un ado toujours pas prêt à exister par lui-même, l’Institution participe à sa mise sous tutelle là où on attend, qu’en l’Etat soit représenté une société dans toutes ses composantes.

S’obstiner depuis trente piges à refuser la participation civique à un pan entier de ses forces vives au risque de s’en couper quand on en a le plus besoin, n’est pas tant une manière frileuse de gérer l’avenir, qu’une bévue ancillaire, comme dirait… le cave qui se rebiffe.

– Pour une fois que je peux voter, j’vais pas me gêner.

– Et tu vas voter quoi ?

– Blanc évidemment !

Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

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