A bien des égards, la fonction de magistrat est enviable. Un cercle de professionnels, aux yeux desquels, le risque de se méprendre demeure un enjeu supportable. Certaines affaires cependant, peuvent s’avérer plus délicates que d’autres. Pour les parties bien sûr, mais aussi pour le juge ou le procureur qui aura oublié la nature explosive de sa charge. Dans ce cas, un mot de trop, peut avoir des conséquences pour le moins désastreuses.

Lorsque Bernard Reynaud, procureur de la république et semble t-il linguistique à Lyon, lors d’un procès fait à la walkyrie d’un parti fasciste, pour des propos stigmatisant une communauté estime que : « La politique ce n’est pas la tolérance, mais un débat d’idées où la violence du verbe fait partie du quotidien des déclarations politiques », il y a tout lieu de croire que ce n’est plus l’homme de loi qui s’exprime, mais le militant qui invite à justifier l’abject.

Qu’il s’agisse de la barre d’un tribunal d’automne ou de sa télévision, l’intervention ayant pour thématique l’Islam, l’immigration ou les Rom, se voit transformer en une attaque à charge que chacun veut imparable. Et même porté dans l’enceinte judiciaire, un lieu à priori équilibré, croiser le fer sur ces sujets, continu de créer la confusion. Considérant cela, on peut raisonnablement dire sans heurter davantage, que c’est la merde à tous les étages.

Instaurerait-on un couvre-feu dans l’esprit de chaque citoyen, que nul ne réagirait autrement. Personne n’ouvre plus la bouche que pour prononcer des paroles solennelles, de ces choses profondes qui tordent les sens dans un strabisme pointant de gauche à l’extrême droite. On ne sait plus où regarder ni quoi penser et encore moins qui croire.

Pour avoir laissé faire trop longtemps, la démagogie est devenue la norme. Les discours de Onfray, Debray, Polony, Houellebecq, Ménard, Zemmour, Finkielkraut, tous suaves mais à la verve désenchantée en témoignent. Philosophes et traîne-patins, sous la direction desquels notre comportement est devenu si malléable que les pulsions racistes plus ou moins conscientes que leurs rhétoriques génèrent, stigmatisent chez nous toute notion amicale à l’état de faire-valoir.

Une rasade de cambouis que nous feront encore déglutir BFM et I-Télé, qui, pleines de nuances et d’à-propos contribuent à donner le change : « Pas tous à fait d’accord, mais il faut admettre… » ; « Historiquement parlant… » ; « Présenté ainsi… » ; « La forme m’échappe mais on se rejoint sur le fond… ».

Que la haine ordinaire que l’on délaye sous de nobles postures soit devenue un raccourci pour un monde meilleur ne doit pas en empêcher d’emprunter des chemins de traverses au risque de se perdre. On ne pourra que s’étonner de ce que cet effet de conditionnement, n’ait pas produit davantage de désordre dans notre comportement. Car en tout état de cause, être humaniste où fasciste, ce n’est pas seulement différer d’opinion, ce sont deux manières d’être en face de l’idée qu’on se fait de la vie. Mais pour cela faut-il encore savoir s’en donner les moyens.

S’est-on seulement posée la question de ce que ces faux prophètes qui nous inondent de leur venin savent des gens qu’ils incriminent ? De ces habitudes différentes qui agissent selon eux, comme une gomme sur notre propre histoire ? De cette crainte de mal faire qui hante un étranger jusque dans ses bonjours ? De la relativité qui pousse la jeune musulmane à s’imaginer sans cesse des choses plus insignifiantes, histoire de se montrer discrète sous son voile ? Des stigmates laissés par la vie d’un Rom pressé de fuir en se tournant dans la moiteur d’un drap trop court ? De l’humiliation subie par l’Africain à l’énoncé de son nom que l’on écorche pour faire bref ? De la mutilation morale ressentie par des gens que l’on confronte à la herse de nos doigts qui les accusent ?

Pourquoi tant de mépris et surtout comment en être arrivé là ? Exsudée de toute forme d’audace, la complaisance verbale qui désormais tient lieu de discours a fait de notre rapport à l’autre, un mécano qui salit les mains.

On a prit l’habitude de se goberger d’être dans le vrai. Un à-priori, qui nous a conduit à la servilité, au suivisme et au repli sur soi. Prenant le silence des plus fragiles pour de l’ignorance, leur calme pour une faiblesse acquise et pire que tout, leur envie d’exister pour de l’acceptation.

Interminable dissertation qui nous fait oublier que la première victime de nos excès, c’est l’image minable qu’on entend donner de nous-mêmes.

  • L’esprit éclairé discute des idées, le moyen des événements et le médiocre des personnes…
  • Tu veux dire des personnes avec qui il aurait envie de discuter ?

 

 

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Rédigé par Moussa Dazi

Ecrire bien le médiocre… (Flaubert)

(3 commentaires)

  1. Je sens pour la première fois dans ces chroniques souffler un vent que j’estime salutaire. A suivre…

    Envoyé de mon iPhone

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  2. Parfaitement bien vu car un Procureur, s’il est une partie dans le procès, il n’en représente pas moins la Société, l’Ordre Public… C’est dire si nous avons glissé ces dernières années.

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